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Et si vous soigniez vos maux sur un air de tango?

Pierre-Alain Schlosser

24 Heures, 1er décembre 2021

Et si vous soigniez vos maux sur un air de tango?

Le tango est utilisé dès 16 ans comme thérapie pour des personnes atteintes dans leur santé physique ou mentale. FLORIAN CELLA La Tango-Thérapie permet de diminuer les symptômes des AVC et de maladies telles que Parkinson, Alzheimer, la dépression ou le diabète. Du bien-être, un meilleur équilibre, une tonicité accrue des muscles, une coordination et une concentration retrouvées ou encore une meilleure estime de soi: la liste des bienfaits engendrés par la tango-thérapie est multiple. Depuis 2020, cette méthode complémentaire à la médecine traditionnelle a même son association en Suisse (ASTT). Tout droit venue d’Argentine, elle offre aux personnes atteintes dans leur santé la possibilité de regonfler leur corps et leur esprit. Elle permettrait de diminuer les symptômes de la maladie de Parkinson, de troubles liés à un AVC (accident vasculaire cérébral), à une opération consécutive à un cancer. Les danseurs atteints de la sclérose en plaques, de diabète, de surpoids, de dépression observent également des progrès. Les personnes du troisième âge peuvent renforcer leur équilibre et les grands introvertis vaincre leur timidité. Jacques Mauël fait partie des nouveaux adeptes de la tango-thérapie. En août, la Faculté lui diagnostiquait la maladie de Parkinson. Après être tombé sur une annonce sur internet, ce professeur de biochimie à la retraite a franchi le pas. «L’idée dans le cadre de Parkinson est de renforcer l’équilibre, témoigne ce Lausannois de 84 ans. Après plusieurs séances, je me sens très bien. Je trouve cela très sympathique. On rigole beaucoup, c’est très agréable et je vais poursuivre la démarche.» Comment le tango peut-il avoir un tel impact sur la santé? «On va tout simplement appliquer la prise de conscience par le corps plutôt que par le cerveau», résume Enrique Montel de la Roche. Ce prof de tango, venu tout droit d’Argentine, fait danser tout le monde autour de lui. Même les paraplégiques. «Lors d’un atelier de tango, je me suis retrouvé avec une personne en situation de handicap, se souvient-il. J’ai improvisé des mouvements. Ce danseur en chaise roulante arborait un sourire que je n’oublierai jamais. Quand on a fini, il m’a dit que c’était la première fois de sa vie qu’il dansait. Cela m’a décidé à poursuivre dans cette voie.» Après une formation spécifique dans son pays d’origine, Enrique Montel de la Roche s’est entouré de professionnels de la santé pour aider les gens d’ici. Médecins, chirurgiens, psychologues, infirmières, spécialistes dans la rééducation musculaire forment désormais une équipe pluridisciplinaire pour accompagner les danseurs. «Quand on serre quelqu’un dans ses bras, le corps va automatiquement sécréter des hormones. Idem quand on écoute de la musique, quand on respire profondément, quand on se calme.» Enrique Montel de la Roche, président de l’Association suisse de Tango-Thérapie À chacun son tango Mais avant de bénéficier de l’énergie positive du tango, encore faut-il être en adéquation avec soi-même. «Quand nous travaillons l’estime de soi, nous prenons soin de nous, confie le thérapeute argentin. On choisit ses chaussures, une veste, une robe. On se projette dans la soirée au cours de laquelle nous allons danser, en se demandant comment on sera habillé. Au niveau physique, on travaille la tenue du torse par rapport au bassin, la démarche. Les positions de danse vont changer l’image de soi.» Parfois, l’approche est plus compliquée avec des personnes particulièrement sensibles. Il faut attendre plusieurs semaines avant qu’elles acceptent qu’un partenaire les prenne dans leurs bras pour danser. «Certaines personnes ont un tel rejet et une telle non-acceptation d’elles-mêmes, qu’envisager être touchées par quelqu’un d’autre n’est juste pas envisageable, constate Enrique Montel de la Roche. J’essaie alors de les connecter avec leur plaisir et leur musique pour retrouver confiance. Nous avons un panel de morceaux datant de 1930 à nos jours qui correspondent à tous les goûts.» Cela va du tango traditionnel au groupe franco-suisse-argentin Gotan Project, qui marie tango et musique électronique. Tout est donc prévu pour permettre aux adeptes de la tango-thérapie de se sentir à l’aise. La méthode prend en compte le rythme et le passé de chaque individu. Avoir le sourire et passer un bon moment est le premier effet recherché. «L’apprentissage du tango est similaire à celui d’une langue étrangère, image le président de l’ASTT. Il faut d’abord reconnaître les lettres, puis les mots et ensuite on lit des phrases et des paragraphes. Moi, je leur apprends les bases pour qu’ils puissent écrire leur propre roman. Je ne suis pas là pour leur donner ma façon de voir le tango. Mais pour qu’ils façonnent la leur, avec leurs outils, leurs envies.» Selon Enrique Montel de la Roche, les effets du tango sont immédiats. «Quand on serre quelqu’un dans ses bras, le corps va automatiquement sécréter des hormones. Idem quand on écoute de la musique, quand on respire profondément, quand on se calme. À travers le tango, on mettra en route ces mécanismes naturels. En s’adaptant aux pathologies de chacun. Nous allons notamment utiliser le tango pour travailler les mouvements du quotidien qui posent problème.» «Idéal pour la concentration et la coordination» Après avoir été victime d’un AVC (accident vasculaire cérébral), Jean-Marc Giesser (68 ans) s’est tourné vers la Tango-Thérapie. «J’ai choisi le tango avec ma partenaire, car nous souhaitions partir en Argentine et profiter de ce voyage pour danser des tangos.» Après la casse physique, ce projet fait partie de la rééducation de ce technicien en imprimerie à la retraite. «L’AVC m’a posé des problèmes de synchronisation, explique cet habitant de Colombier-sur-Morges. J’ai constaté un soutien important au niveau de l’équilibre et de la synchronisation. En parallèle, je me suis aussi replongé dans le travail et la randonnée.»Multiplier les activités est une stratégie que Jacques Mauël, atteint de Parkinson, a aussi adoptée. «En plus du tango, je me suis inscrit à des cours de marche nordique, souligne-t-il. J’essaie de me maintenir en activité. Tout exercice physique qui n’est pas excessif est positif. J’ai toujours marché et j’essaie de faire de l’exercice tous les jours. La Tango-Thérapie permet de bouger et de rechercher une position corporelle correcte. Et comme en plus, on s’amuse beaucoup, cette activité coche toutes les cases.»Jean-Marc Giesser ne cache pas, lui non plus, son enthousiasme. «Je ne peux qu’encourager les personnes à nous rejoindre. Les mouvements sont très recherchés, intéressants. Cela fait fonctionner les neurones! C’est idéal pour la concentration et la coordination.» Les leçons s’adressent à tous, dès 16 ans (ndlr: des ateliers existent aussi pour les enfants). Même à ceux qui estiment avoir «deux pieds gauches». Une heure de cours collectif, de maximum huit personnes, coûte 45 francs. En privé, il faut compter 150 francs par couple et 120 par personne. Une première séance «découverte» est offerte. Des ateliers de Tango-Thérapie sont organisés à Savigny. Renseignements au 079 550 22 72 ou par internet: info@tango-therapie.ch


Publié: 01.12.2021, 08h30 par Pierre-Alain Schlosser est journaliste depuis 1998. Après avoir travaillé en freelance pendant 4 ans, il rejoint la rubrique sportive de 24 heures qu’il dirige pendant 10 ans. Depuis 2017, il écrit pour l’agence Sport-Center, où il s’occupe en priorité de sport régional.